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Il est difficile de séparer les idées de Morris sur la place des femmes dans la société présente ou future de sa relation personnelle avec son épouse Jane Burden.
Les biographes discrets disent pudiquement que leur mariage "ne fut pas heureux". Jane Burden, la fille d'un palefrenier qui, à 18 ans, posait pour le petit groupe de brillants amis, Rossetti, Morris, Burne-Jones... ne savait sans doute où donner de la tête. Devenue Janey Morris, elle ne cessa pas d'être sensible au charme de Rossetti, et lorsque Rossetti et les Morris partageaient la même maison, la vie commune dut être, de ce fait, un peu tendue. D'ailleurs, au début de leur installation commune, Morris partit pour l'Islande en les laissant face à face. Elle posait pour Rossetti des heures durant... Quelque temps après la mort de Rossetti, Janey ne résista guère aux avances d'un sympathique aventurier, Wilfrid Scawen Blunt, poète, explorateur, défenseur de causes anticolonialistes, éleveur de chevaux et grand collectionneur de liaisons féminines.
A lire l'article ci-joint, que publie l'ami de Morris, Ernest Belfort Bax, dans l'organe de la SDF en 1895, on a l'impression de lire la colère blessée de William Morris en même temps que la réflexion sur l'émancipation de la femme vis-à-vis de l'institution du mariage que l'on trouve également exposée dans News from Nowhere.
Les quatre personnages de deux
ménages-à-trois... ou plus.
William Morris en 1857 à l'époque où il fait la connaissance de Jane Burden |
Dante Gabriel Rossetti autoportrait, 1855 |
Jane Burden alias Janey Morris par Rossetti en 1878 |
Wilfrid Scawen Blunt chevauchant l'un de ses pur-sang arabes, 1880s |
Consolations
Jane Burden s'est consolée du mariage de Dante
Gabriel Rossetti avec Elizabeth Siddal en épousant William Morris.
Elle a consolé Rossetti lorsqu'il est devenu veuf,
et Morris s'en est consolé avec Giorgiana Burne-Jones, qui
a eu besoin de consolation lorsqu'Edward Burne-Jones s'est consolé
de n'être pas sculpteur avec la sculptrice Maria Zambaco.
A la mort de Rossetti, Wilfrid Scawen Blunt a consolé
Jane Burden.
Morris décrit Jane dans ses poèmes
Dans le long recueil de poème qui lui assure la célébrité, The Earthly Paradise (1868), il décrit Galathée, l'oeuvre de Pygmalion. Et sans doute se sent-il lui-même un peu Pygmalion, puisque d'une fille de garçon d'écurie, il a fait une dame du monde. La statue que le sculpteur Pygmalion appelle à la vie se présente ainsi:
No smile was on her parted lips, the eyesDans un autre poème, écrit dix ans plus tôt, au moment de ses fiançailles avec Janey, il décrivait son regard ("In Praise of my Lady"):
Seemed as if even now great love had shown
Unto them, something of its sweet surprise,
Yet saddened them with half-seen mysteries,
And still midst passion maiden-like she seemed ;
As though of love unchanged for aye, she dreamed.
Her great eyes, standing far apart,Ce regard distant n'empêche pas Morris de mettre sa femme au travail au sein de l'entreprise de décoration et métiers d'art dont il a pris la tête: elle brode et il lui enseigne aussi la tapisserie. Les piécettes satiriques que Rossetti écrit pour se moquer de son rival soulignent qu'en dépit de tout, Jane tient le ménage et sert une table qui comble le goinfre qu'était Morris.
Draw up some memory from her heart,
And gaze out very mournfully;
--Beata mea Domina!So beautiful and kind they are,
But most time looking out afar,
Waiting for something not for me,
--Beata mea Domina!
Théorisation
Il est difficile de dire si William Morris a laissé faire au nom de principes qu'il avait déjà forgés, ou s'il a conçu ces principes afin de justifier une tolérance qui, bien que douloureuse, semblait la seule solution pratique.Quelque temps plus tard, en 1886, il écrit à son ami Faulkner:
1. The couple would be free.D'avril 1885 à juin 1886, il publie en feuilleton Pilgrims of Hope dans Commonweal. Le poème est sans conteste un éloge du militantisme héroïque et de la Commune de Paris. Mais c'est aussi l'histoire d'un homme qui voit la femme aimée partir avec son meilleur ami et choisit d'accepter cet amour qui le blesse.
2. Being free, if unfortunately distaste arose between them they should make no pretence of its not having arisen.
3. But I should hope that in most cases friendship would go along with desire, and would outlive it, and the couple would still remain together but always as free people. In short artificial bolstering up of natural human relations is what I object to.
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