Article paru dans « Le Monde » à la date du 23/03/2010
Deux universités, israélienne et palestinienne, vont proposer, en coopération avec des universités françaises, des formations communes autour de la gestion de conflit.
A partir de janvier 2011, quelques dizaines d'étudiants israéliens et palestiniens devraient plancher ensemble sur une spécialité très recherchée dans cette partie du monde. "On vit tous les uns à côté des autres sur un petit territoire, il va bien falloir apprendre à vivre ensemble", rappelle Haguit Greilsammer, doctorante et coordinatrice à Paris du collège doctoral Paris-Jérusalem, parmi les initiateurs de ce projet.
Le 19 mars, les universités Paris-Diderot (Paris-VII) et Paris-Nord (Paris-XIII) ont signé avec l'université israélienne Ben-Gourion de Ber Sheva et l'université palestinienne Al-Qods (Jérusalem, en arabe) des accords de coopération.
Pour ne pas froisser son opinion publique, chaque université a signé son propre accord avec les universités françaises. A ces dernières de réunir ensuite étudiants israéliens et palestiniens au sein de masters hébergés au Centre de recherche français à Jérusalem, un département du CNRS.
Deux masters seront voués aux sciences humaines et sociales, tandis qu'un troisième sera centré sur la /"médiation psychosociale"/. Il s'agira de former des étudiants ou des professionnels déjà expérimentés à la prise en charge de personnes confrontées à une perte de repères liée à leur situation sociale ou politique, un phénomène fréquent dans le conflit israélo-palestinien. Une fois ce master en poche, les diplômés pourront, s'ils le souhaitent, préparer une thèse à Paris.
"L'idée d'une coopération remonte à trois ans/, se rappelle Daniel Verba, sociologue et directeur de l'IUT de Bobigny de Paris-XIII. /Puis la guerre de Gaza est arrivée. Et les contacts entre universitaires se sont tendus... Nous avons depuis réussi à organiser des séminaires et des échanges d'enseignants ou d'étudiants."
Si les universitaires des deux bords ont l'habitude de se côtoyer lors de colloques, tous cherchent à dépolitiser leurs rapports. /"Sans cela, nous n'arriverons jamais à trouver un terrain d'échange/, estime Mme Greilsammer. /Compte tenu de la situation des dernières semaines, la signature est un grand soulagement. Les chercheurs de l'université Ben-Gourion et d'Al-Qods ont fait preuve de beaucoup de courage."/ Pour protéger le projet, ses initiateurs israéliens et palestiniens se font les plus discrets possibles.
Les universitaires français saluent, quant à eux, "un projet dont l'importance symbolique et concrète nous touche considérablement", comme le signale Vincent Berger, président de Paris-VII. "Même si ce projet reste modeste, estime Jean-Loup Salzmann, son homologue de Paris 13. Chacun à son niveau se doit d'avancer dans la bonne direction."
Philippe Jacqué