Biographie
Benjamin Stora : souviens-toi de l'Algérie in L'Histoire n° 314 - Novembre 2006
Par Clara Dupont-Monod
Son dernier livre retrace l'itinéraire des Juifs d'Algérie, s'inspirant de sa propre famille. C'est en historien et en homme engagé que Benjamin Stora combat, depuis trente ans, l'amnésie qui entoure le destin de sa terre natale.
Une cordialité chaleureuse alliée à une énergie combative : voilà ce qui pourrait résumer Benjamin Stora. Avec comme grand combat celui des mémoires. Pour elles, il ne s'embarrasse d'aucune manière. Assis devant son bureau de bois, dans un appartement de la banlieue parisienne, Benjamin Stora fait un sort aux formules compassées. Il dit "choper", "bouffer", "ça chauffe tous azimuts". Il vibre, rougit, jubile, il s'emporte et se rassied, infatigable pourfendeur d'oubli.
Constantine - Sartrouville - Récit de vie paru dans la revue Esprit, mars 1993
(1918-1993) Marthe Stora. Propos recueillis par Leila Sebbar
Je suis née à Constantine, en 1918. J'ai eu une enfance heureuse. Mon père tenait une bijouterie dans le quartier musulman. Nous habitions le quartier israélite, une belle maison. Dans la famille, on avait des terres à blé, du côté de ma mère.
Mes parents étaient de bons juifs. En Algérie, les juifs observaient. On a toujours observé. On était sept filles et un garçon. Les filles ne fréquentaient pas l'école religieuse. C'était réservé aux garçons. Ils apprenaient l'hébreu pour dire les prières en hébreu le jour de la communion. Nous les filles, non. On n'a jamais reçu d'instruction religieuse. On aidait ma mère à la cuisine, pour les rites juifs. Je fais la cuisine de chez nous, le couscous, les gâteaux. C'est ma mère qui m'a appris. On n'achetait jamais la pâtisserie, les cigares aux amandes, les makrouts, les gâteaux au miel; tout était fait à la maison. Aujourd'hui encore... mes enfants me demandent la cuisine de là-bas.
Benjamin Stora, I'historien qui revisite son histoire in l'hebdomadaire Marianne - Septembre 2003
Rédigé par Patrick Girard
Spécialiste éminent de l'histoire du Maghreb, Benjamin Stora, né à Constantine en 1950, est le meilleur connaisseur des rapports, complexes et singuliers entre la France et l'Algérie, ses deux patries. Cet érudit inquiet et scrupuleux, qui pourfend la langue de bois et les clichés, fut aussi un militant très engagé, membre de l'AJS et de l'OCI, la branche lambertiste du trotskisme français, jusqu'en 1986. Cet itinéraire qu'il raconte dans un livre de mémoires dont le style époustouflant mélange allègrement le souffle de Léon Davidovitch et la poésie lyrique et ensoleillée d'Albert Camus. Ceux qui attendaient des révélations sur le trotskisme de Lionel Jospin en seront pour leurs frais.
Stora, détenteur de nombreux secrets delà quasi-«secte»trotskiste, ne donne pas dans le sensationnel ou le people. Il se fait le chroniqueur lucide de sa génération, de la nôtre, avec une rigueur qui n'exclut pas la tendresse et cet optimisme propre aux Méditerranéens. Dans cette rentrée littéraire, où l'on cultive le désespoir et le spleen chic, son livre est un petit bijou, car Stora a la suprême élégance de ne rien nier, de ne rien renier. Une manière raffinée de se réconcilier avec lui-même
*La Dernière Génération d'Octobre, Stock, 288 p., 20 € - Réédition en poche, collection Pluriels, Edition Hachette.
Benjamin Stora jusqu’au prochain exil, par Jean Birnbaum in Le Monde - Octobre 2003
Dans le passé, Benjamin Stora a beaucoup écrit sur la mémoire, ses failles, ses rejeux, ses déplacements et son exil, surtout, de part et d’autre de la Méditerranée. Mémoire collective de la (dé)colonisation, France-Algérie, guerre sans nom. S’il fallait ne donner qu’une référence, ce serait bien sûr La Grangrène et l’oubli (1991,1998 La Découverte Poche). Ici, néanmoins, on aura une préférence pour Le Transfert d’une mémoire (La Découverte, 1999), dont le titre annonçait discrètement une prochaine libération de la parole intime .
Voila qu’aujourd’hui, en effet –glissement aussi crucial que périlleux-, Stora se fait l’historien de sa propre mémoire : dans La Dernière génération d’Octobre (Stock, « Un ordre d’idées, 288 p, 20€), pour la première fois, sans toujours pouvoir s’y tenir, il dit « je ». Et raconte son enfance au 2, rue Grand, à Constantine (la « Jérusalem du Maghreb », l’exil familial en juin 1962, les épousailles avec la République, enfin, par l’entremise de l’espérance révolutionnaire.
Car si pour l’enfant Stora, la France, ce fut d’abord l’Algérie (1870, décret Crémieux : les juifs d’Algérie sont citoyens français), pour Stora adolescent, au cœur des années 1960, c’est l’engagement dans le mouvement trotskiste qui tiendra lieu de passeport national.
Mémoires vives In Le Monde - Février 2010
L'enfant séfarade de Constantine Benjamin Stora est devenu historien et a consacré l'essentiel de son travail à l'Algérie, qu'il a quittée en 1962, à 12 ans. Militant engagé, il combat avant tout l'oubli qui entoure son pays natal sa mère Marthe rêvait qu'il fût dentiste. Ou qu'il fît, du moins, partie des " gens bien arrivés ", se souvient Annie, la soeur aînée. Gagné. C'est d'ailleurs à ses parents, déclassés et appauvris par le départ d'Algérie, en 1962, que Benjamin Stora a rendu hommage, le 14 juillet 2009, quand il a été décoré de la Légion d'honneur. A eux aussi que sont dédiés Les Trois Exils. Juifs d'Algérie (Stock, 2006), l'un de ses derniers livres, parmi la trentaine d'ouvrages publiés par le prolifique historien.
Présentation de Benjamin Stora par les professeurs Bruno ETIENNE et Charles-Robert AGERON
Est-il vraiment nécessaire de présenter à des collègues universitaires ou chercheurs les travaux de Monsieur le Pr. Benjamin Stora ? Qui ne connaît pas cet auteur fécond ? Qui n'a pas entendu parler de ses multiples publications qui font de lui le spécialiste
français le plus célèbre de l'histoire contemporaine de l'Algérie ?
Témoignage du Professeur Charles-Robert Ageron
Voir la présentation de Benjamin Stora par Le professeur Bruno ETIENNE
Retour de Mme Stora à Constantine (1990)
Extrait du documentaire "Les années algériennes" réalisé par Bernard Favre, Philippe Alfonsi et Benjamin Stora
Curriculum Vitae
Diplômes et titres universitaires
- Maîtrise d'enseignement - Section Histoire - Université de Paris X - 1976 - Mention Très Bien - Sujet de travail d'études et de recherche : Le mouvement national algérien - Titre du Certificat d'Etudes Supérieures : Histoire politique de la France au XXe siècle, sous la direction de M. René Rémond.
- DEA Diplôme d'Etudes Approfondies dans la spécialité Histoire politique et sociale de la France contemporaine (XIXe siècle et XXe siècle) - Enseignement théorique suivi : La France de 1900 à 1930 - Exercice d'initiation aux techniques de recherche : Sources et problèmes de l'Histoire de la France contemporaine, sous la direction de M. Philippe Vigier.











