Textes sur l'image
Benjamin Stora. Historien : « C’est une leçon de tolérance et d’humanisme » in El Watan, septembre 2011
Propos recueillis par Nadjia Bouzeghrane pour El Watan.com
Nadjia Bouzeghrane : Alors que l’immigration maghrébine est appréhendée sous un angle restrictif et négatif, Les hommes libres, le film d’Ismaël Ferroukhi, auquel vous avez collaboré, montre un aspect méconnu de l’immigration algérienne pendant l’entre-deux guerres et durant la Seconde Guerre mondiale, celui de sa participation à la résistance à l’occupation nazie. Comment expliquez-vous que ce volet de l’histoire de l’immigration algérienne soit peu connu ou occulté ?
Benjamin STORA : Les immigrés algériens en France étaient environ près de cent mille, au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Certains vont fuir après la débâcle de mai 1940, mais beaucoup resteront sur place, pris au piège. Quelques milliers seront ensuite envoyés pour construire le «Mur de l’Atlantique». Ce volet de l’histoire est très peu connu, et n’a pas été traité dans les études portant sur l’immigration en France. La plupart de ces travailleurs algériens étaient des «hommes invisibles».
En effet, ils n’étaient pas considérés comme Français, car même si à l’époque l’Algérie était considérée comme «intégrée» à la France, les Algériens n’étaient pas des citoyens, ne possédaient pas de droits. Ils n’étaient pas non plus ces «étrangers», car l’Algérie était formellement rattachée à la France. Ils n’étaient pas non plus des sujets coloniaux, comme les Marocains ou les Indochinois, car à ce moment ces territoires sont considérés comme des colonies de l’empire colonial français. Ils n’avaient donc pas de statut juridique précis : ni Français, ni étrangers, ni sujets…. De plus, leur invisibilité vient du fait de leur position sociale. Ils étaient dans leur immense majorité des paysans d’origine, venant essentiellement de la Kabylie, et n’avaient pas de qualifications professionnelles.
Le film, Les hommes libres d’Ismaël Ferroukhi sera projeté au Festival de Cannes le jeudi 19 mai. Voici le synopsis, et un entretien avec Benjamin Stora, qui a été consulté pour ce film.
SYNOPSIS.
1942, Paris est occupée par les Allemands. Younes, un jeune émigré algérien, vit du marché noir. Arrêté par la police française, Younes accepte d’espionner pour leur compte à la Mosquée de Paris. La police soupçonne en effet les responsables de la Mosquée, dont le Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, de délivrer de faux-papiers à des Juifs et à des résistants. A la mosquée, Younes rencontre le chanteur d’origine algérienne Salim Halali. Touché par sa voix et sa personnalité, Younes se lie d’amitié avec lui. Il découvre rapidement que Salim est juif. Malgré les risques encourus, Younes met alors un terme à sa collaboration avec la police. Face àla barbarie qui l’entoure, Younes, l’ouvrier immigré et sans éducation politique, se métamorphose progressivement en militant de la liberté.
La Fabrique de l’Histoire / Histoire de la guerre d’Algérie Transcription, par Taos Aït Si Slimane, de l’émission de France Culture, "La Fabrique de l’Histoire" 15/12/2010
Transcription, par Taos Aït Si Slimane, de l’émission de France Culture, « La Fabrique de l’Histoire », par Emmanuel Laurentin, du mercredi 15 décembre 2010, qui avait pour thème, « Histoire de la guerre d’Algérie » / « Archives autour du Cinéma et la guerre d’Algérie »
Présentation sur le site de l’émission : Pour cette troisième émission de la semaine, nous écoutons de nombreuses archives tirées de films documentaires, d’actualité ou de fiction traitant de la guerre d’Algérie. Car, contrairement à une idée reçue, ce conflit a produit un grand nombre d’images, après le conflit mais aussi pendant.
La tragédie algérienne des années 1990, dans le miroir des films de fiction. Benjamin Stora in La pensée de midi 3/2002 (N° 9), p. 32-43
La "deuxième" guerre d’Algérie est fortement privée d’images. Le cinéma répond-il à ce manque ? Ou bien les douleurs, présentes et anciennes, restent-elles impossibles à représenter ?
Dans les représentations du terrible conflit qui a secoué l’Algérie tout au long des années 1990, et qui a causé la mort de plus de cent mille personnes, l’important est la sensation de "vide" d’images. Un territoire de lumière, situé au sud, se trouve assombri d’une immense tâche noire. A l’heure du bombardement massif, sauvage, des images (et la vitesse de leur propagation), la grande "invraisemblance" de cette tragédie tient aux aspects matériels de sa représentation : l’effacement des lieux de la tragédie procure une impression d’étrangeté. L’Algérie, longtemps interdite d’accès aux caméras, se transforme en un décor plongé dans l’ombre. Puisque la diversité consistante du réel fait défaut, il sera bien difficile de partager une expérience sensorielle de cette guerre. Ainsi privé de "paysages", l’événement échappe aisément à la chronologie, ne délivre pas de sens, de cohérence.
Indochine, la guerre redécouverte, in Sud-Ouest, 16 novembre 2010.
Le festival de Pessac souligne un paradoxe : moins nombreux que ceux sur l'Algérie, les films sur la guerre d'Indochine sont plus renommés. Décryptage.
« Indochine », de Régis Wargnier, Oscar du meilleur film étranger en 1993.
«La fin des colonies », c'est le thème du 21e festival du film d'histoire de Pessac, qui se poursuit jusqu'au 22 novembre. En toute logique il accorde une grande place aux deux guerres de décolonisation qu'a connues la France entre 1946 et 1962. L'occasion de constater que, au cinéma comme ailleurs, les guerres d'Indochine et d'Algérie ne laissent pas les mêmes traces. Explications avec Benjamin Stora, historien, spécialiste des relations franco-algériennes, auteur de plusieurs documentaires et conseiller historique du film « Indochine ».
Un cinéma décolonisé In Le Monde, 14-15 novembre 2010, par Benjamin Stora.
Une cinquantaine de films français et étranger, sur le thème de la fin des colonies, seront projetés au Festival du film d’histoire de Pessac. On y verra des documentaires, et des films de fiction, sur guerre d’Indochine, les indépendances africaines ou la guerre d’Algérie.
François Mitterrand, un passé algérien dévoilé - 21 Octobre 2010 par Antoine Perraud - Médiapart
« C'est nous les Africains qui revenons de loin », s'époumonaient jadis les coloniaux. La gauche revient d'à peine plus près, selon l'historien Benjamin Stora, qui publie avec le journaliste (collaborateur du Point) François Malye: François Mitterrand et la guerre d'Algérie (Calmann-Lévy, 308 p., 18€). Il s'agit de la version imprimée d'une enquête dans les archives et auprès de survivants ayant donné lieu à un documentaire que diffusera, sous le même titre, France 2, jeudi 4 novembre vers 23h. Mediapart le présentera en avant-première à Paris (Espace Confluences), lundi 25 octobre à 19h.
À propos du film Hors-la-loi. Une héroïsation problématique, par Benjamin Stora. In Marianne, 18-24 septembre 2010.
A peine a-t-il été montré à quelques personnes, dans le cadre du festival de Cannes, que Hors-la-loi a suscité une première polémique très idéologique. Depuis, les choses se sont décantées : des historiens ont pu visionner le film de Bouchareb.
Indochine/Algérie, des scénarios différents in colloque Décolonisations, loyalties, Vietnam and Indonésia, Amsterdam à la Maison Descartes - 2001
Visions de l’Autre. L’Indochine.
Scénarios indochinois de l’après guerre. L’isolement, l’autre invisible.
Le 28 avril 1956, le haut commandement français en Indochine est dissous, les dernières troupes du corps expéditionnaire s’embarquent à Saigon. Ce départ marque la fin d’un siècle de présence française dans cette ville conquise par les marins de l’amiral Rigault de Genouilly, le 17 février 18591 . Une armée plus tard,
La "Bataille d’Alger", Histoire des "censures". Par Benjamin Stora.
Le film « La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo a longtemps été invisible sur les écrans français. Mais cette censure est très particulière puisque ne venant pas de l’Etat, comme ce fût le cas de tous les autres films tournés pendant la guerre d’Algérie et sortis en salles après 1962[1]. Cette fois, l’interdiction est venue de la « société », les exploitants des salles renonçant à la projection de ce film à la suite de menaces proférées par des associations de rapatriés (les « pieds-noirs ») ou d’anciens combattants (les officiers ou soldats ayant accompli leur service militaire en Algérie).
"Mon colonel", in Le Nouvel Observateur, novembre 2006
L’autocensure des images
La sortie du film Mon colonel a remis à l’ordre du jour les rapports compliqués du cinéma français et de la guerre d’Algérie. On a encore, à cette occasion, évoqué la « fin d’un tabou » et « la sortie du silence ».
Plus d'articles...
- L’hyper violence d’une guerre sans nom, in la revue L’Histoire, octobre 2007
- La guerre c'est pas du cinéma
- Regards croisés Français, Vietminhs, Fellaghas, mai 2007 - Partie 1
- Regards croisés Français, Vietminhs, Fellaghas, mai 2007 - Partie 2
- Assumer ensemble notre passé commun, article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée, janvier 2006











