Guerre d'Algérie : Benjamin Stora revisite le choix de De Gaulle - Rue89, septembre 2009
Le discours de De Gaulle annonçant l'auto-détermination
Le changement de cap de l'auto-détermination
Pour Stora, ce cinquantième anniversaire était une belle occasion de changer les perspectives, à travers un nouveau livre, « Le mystère de Gaulle, son choix pour l'Algérie ». Car même après trente ans de recherche, 25 ouvrages et trois documentaires, l'historien de 59 ans reconnaît que l'histoire de cette guerre particulière reste à écrire. Si elle a bien commencé le 1er novembre 1954 avec l'appel à la révolte du Front de Libération Nationale (FLN) et s'achève par les accords d'Evian du 18 mars 1962, cette guerre reste chronologiquement confuse. Or, le discours du président de Gaulle engage la France vers l'indépendance, même si le mot n'est pas encore prononcé.
Deux écueils : les Européens et l'armée
Très vite, de Gaulle se heurte à deux écueils majeurs pour faire passer le nouveau message de la France. D'une part les Européens installés en Algérie depuis la seconde moitié du XIXe siècle, d'autre part une fraction de l'armée, celle des officiers radicaux, anciens d'Indochine, qui ne supportent pas l'idée d'une seconde défaite dans les colonies. Pour contourner l'opposition affichée des militaires (qui l'ont ramené au pouvoir le 13 mai 1958), le général de Gaulle entame sa « tournée des popotes » à la fin de l'été 1959, au moment même où l'armée est engagée dans le « plan Challe », vaste opération de nettoyage des maquis tenus par les indépendantistes.
Faut-il faire un geste politique sur la guerre d'Algérie ?
Mais l'ouvrage fait remonter un autre enjeu contemporain. Il démontre que la société française n'est pas tout à fait sortie du temps de la mémoire, qui domine encore celui de l'Histoire. Pour cela, estime Benjamin Stora, il faut compter sur une nouvelle génération d'historiens, l'ouverture des archives et… un geste politique au plus haut niveau. Nicolas Sarkozy saura-t-il le faire, à l'instar du discours de Jacques Chirac reconnaissant en 1995 la responsabilité de « l'Etat français » dans la rafle du Vel d'Hiv ? « Je ne sais pas, répond l'historien, mais il devrait le faire. »












